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  • Texte faisant partie des Ecrits de Londres, écrit à la même période que l'Enracinement, La Personne et le Sacré prend son origine dans le mot de « personne » qui avait fondé le courant personnaliste autour d'Emmanuel Mounier et que Simone Weil trouve impropre. Mais ce texte est bien plus qu'une querelle sémantique : il devient tout de suite méditation philosophique lumineuse et de très grande importance (jusque-là sous-estimée) sur les notions de droit, de démocratie, de justice, de mal et de beauté. Prenant à contrepied le personnalisme chrétien en affirmant que « Ce qui est sacré, bien loin que ce soit la personne, c'est ce qui, dans un être humain, est impersonnel », Simone Weil se livre à un plaidoyer d'une rare justesse pour ce qui fonde l'être humain en dehors de toute collectivité ou institution. Un texte capital pour approfondir l'oeuvre de Simone Weil et qui saura parler à tout lecteur qui recherche une clarté pure, exigeante et dénuée de tout artifice sur des thèmes intemporels.

  • L´Orwell essayiste a écrit de très nombreux essais, la plupart parus dans la presse de l´époque. Peu cependant traitent directement de la liberté d´expression et de pensée, thèmes chers s´il en est à l´auteur de La Ferme des Animaux et de 1984. Dans ce petit texte offensif, prononcé à l´occasion d´un événement en faveur de la liberté de la presse, Orwell s´insurge contre les discussions sur le sexe des anges quand elles ne sont pas de franches louanges envers le communisme soviétique et l´URSS. Il se livre ensuite à un plaidoyer prémonitoire et lucide sur la nature du totalitarisme et ses rapports avec la liberté d´expression, les écrivains et la littérature en tant que telle - la littérature avait en effet toujours été la passion d´Orwell, qui n´écrirait 1984 que quelques années plus tard. C´est dans ce texte qu´il faut lire la défense qu´en fait Orwell, dans des termes et au moyen d´analyses qui n´ont rien perdu de leur pertinence aujourd´hui.

  • Je fus - essai sur la liberte Nouv.

  • L'univers et soi

    Ernesto Sàbato

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    • 17 Septembre 2020

    L´Univers et soi (1945) rend compte de la crise existentielle qui s´empara d´Ernesto Sabato et qui allait venir en Occident. Dans cet abécédaire qui lui valut l´un des prix les plus prestigieux d´Argentine (décerné par un jury où siégeait son illustre ainé Bioy Casares), le jeune Sabato, déjà lucide, méditatif, drôle, révolté, passe en revue les faits politiques et philosophiques hérités du XIXe siècle et analyse leurs conséquences au siècle suivant. Il y exprime son interrogation permanente quant à la nature et la condition humaines, et s´élève contre la pseudo-neutralité de la science. S´y trouvent avec une fulgurance aphoristique aussi bien des entrées sur la découverte de l´Amérique, le fascisme, la théorie de la relativité, Galilée, Newton ou le surréalisme.
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  • Lettres du lac de come - sur la technique et l'humanite Nouv.

  • L'Etat

    Bernard Charbonneau

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    • 9 Juin 2020

    Écrit au lendemain de la guerre à un moment où l´État devenait de plus en plus puissant en même temps qu´incritiquable, ce livre-somme est l´oeuvre politique majeure de Bernard Charbonneau. Ce livre impubliable à une époque obsédée par les horreurs du nazisme et le prestige du stalinisme a dû attendre 1987 pour être publié par un éditeur, date à partir de laquelle il est devenu un classique de la pensée anarchiste. Visionnaire, novateur, prophétique, écrit dans une langue vive et incisive au style personnel et élégant, cette oeuvre qui analyse l´Etat sous tous les angles est un réquisitoire implacable contre lui et ses inévitables excès, en ne perdant jamais de vue le concept central de toute la pensée de Charbonneau : la liberté de la personne. Épuisé et introuvable depuis de nombreuses années, en dépit de ses admirateurs, le voici réédité dans sa forme complète.

  • L'homme et la machine

    Nicolas Berdiaev

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    • 16 Novembre 2019

    Dans ce petit opuscule paru en 1933, Berdiaev réfléchit à ce qui est pour lui « la plus grande révolution, voire la plus terrible de toute Phistoire humaine », l'apparition de la machine et son corolaire conceptuel qu'est la technique. Petite méditation profonde et originale, à la langue élégante, ce texte est l'occasion pour Berdiaev de poser le problème de la technique sous les angles métaphysiques et sociologiques, d'affirmer que le monde moderne ne permettra de revenir en arrière, comme Pont cru les romantiques, et de voir en elle une nouvelle réalité, réalité paradoxale non dépourvue de danger pour l'individu comme pour Pâme.

  • Les racines du romantisme

    Isaiah Berlin

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    • 17 Septembre 2020

    Dans ce livre l´un des historiens des idées les plus influents du XXe siècle dissèque et analyse un mouvement qui a changé le cours de l´histoire. Brillant, rafraichissant, immédiat et éloquent, ces essais célèbres sont une performance intellectuelle originale et aboutie. Isaiah Berlin y passe en revue les nombreuses tentatives de définir le romantisme, distille son essence, retrace son évolution depuis ses premiers soubresauts jusqu´à son apothéose, et montre comment ce mouvement continue d´influencer notre vision du monde, en s´appuyant sur des artistes et penseurs aussi illustres que Kant, Rousseau, Diderot, Schiller, les Schlegel, Novalis, Goethe, Blake, Byron ou Beethoven, dont les idées et le comportement ont façonné, selon Berlin, le nationalisme, l´existentialisme, la démocratie, le totalitarisme du vingtième siècle, ainsi que nos idées à propos des individus héroïques, de la réalisation de soi, et du rôle exaltant dévolu à l´art.

  • Hommes et engrenages

    Ernesto Sàbato

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    • 14 Mai 2019

    Ce livre majeur de Sabato rend compte de la crise universelle qui allait venir en Occident. Son expérience de physicien, qui s'était soldée par une crise existentielle, le plaçait en effet aux premières loges pour remarquer que la science, création de l'homme, avait échappé à son contrôle et allait lentement l'asservir et le transformer en rouages d'une grande machinerie.

    Analyse profonde, érudite et existentielle de la technique et des moteurs que lui sont l'argent, la raison et le capitalisme, ancrée dans l'Histoire de l'Occident depuis la Renaissance, depuis Léonard, Alberti, Galilée et Bruno, ce texte est l'un des plus originaux et des plus forts à avoir été écrit contre le mythe du progrès, la mécanisation de la vie, la mathématisation du monde, l'abstraction de l'univers et ses conséquences existentielles ou esthétiques.

    S'appuyant sur Pascal, Dostoïevski, Berdiaeff ou encore les surréalistes, Sabato ne se contente pas de livrer un constat mais passe également en revue les rébellions de l'homme pour affirmer sa liberté et sa force créatrice et livre ainsi une réflexion lumineuse sur la crise de l'art au XXe siècle. Sabato nous le rappelle : il ne croit pas que la connaissance seule suffise à nous faire entrevoir l'absolu ; il garde foi en l'homme, il croit en l'instant, en ces petits moments fugaces durant lesquels nous sentons que la vie a un sens.

  • Paru de manière posthume, resté de manière bien inexplicable en marge par rapport au reste de l'oeuvre de Drieu, ce texte est pourtant d'une importance capitale pour saisir Drieu et son destin. Confession d'une sincérité désarmante et d'une qualité littéraire indubitable, Récit Secret joue un grand rôle dans le mythe littéraire qu'ont construit ses admirateurs. Mettant le suicide (dont il aura beaucoup parlé, notamment dans son court roman le plus connu, Le Feu Follet) au premier plan de son oeuvre comme de sa vie, Drieu semble anticiper un destin qui, selon lui, n'a fait que l'attendre. Calme, méditatif voire résigné, se plaçant au-dessus de la politique, même si l'on ne peut faire abstraction des circonstances dans lesquelles Drieu l'écrivit, ce récit est une magnifique porte d'entrée pour ceux que son oeuvre effarouche injustement encore, comme pour ceux qui voudront connaître un Drieu plus intime, connaître le dernier Drieu.

  • Les crises manifestes dans lesquelles nos sociétés se débattent remettent au premier plan les questions de morale et la possibilité de déterminer les principes d'une morale commune. Tout le monde commence à percevoir que le slogan « c'est mon droit », revendiqué par tout un chacun, nous mène droit dans un mur.
    Cet ouvrage propose en premier lieu de comprendre comment la morale se transmet et pour quelles raisons nous finissons le plus souvent par lui obéir, mobilisant pour ce faire les ressources de la psychanalyse, de la philosophie existentialiste sartrienne ou encore de la philosophie de Bergson. Il s'agit ensuite d'essayer de déterminer les fondements d'une morale commune qui pourrait valoir devant le tribunal de la raison. La troisième partie présente une série « d'études de cas », c'est-à-dire des essais de morale appliquée.

  • Emmanuel Mounier s'attaque dans ce texte aux questionnements existentiels, philosophiques et politiques qui accompagnent le développement de la technique. A la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, ces réflexions prenaient tout leur sens et n'ont cessé depuis de gagner en importance et pertinence jusqu'à notre XXIe siècle. Autour des concepts d'apocalypse (que nous nommons aujourd'hui dans une version laïque « effondrement »), de technique et de progrès, se trouvent une constellation d'états qui se sont emparés des individus occidentaux : nihilisme, terrorisme, angoisse, rejet, désespoir, que Mounier analyse en déployant une érudition ancrée dans le temps long. Une vision singulière et contemporaine du fondateur du personnaliste et de la revue Esprit.

  • Topologie de la violence

    Byung-Chul Han

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    • 24 Septembre 2019

    Byung-Chul Han poursuit dans ce livre capital son analyse alarmante d'une société sur le point de s'effondrer, débutée dans La Société de la fatigue. Se concentrant sur la relation entre violence et individualité, il montre que malgré la thèse répandue selon laquelle la violence aurait été éradiquée de nos sociétés modernes, elle a seulement changé de forme pour opérer plus subtilement. Les formes martiales et anciennes de la violence, émanations de la négativité, visibles et assumées, ont laissé la place à une violence plus anonyme, désubjectivisée, systémique, qui ne se déclare pas en tant que telle car elle est devenue invisible et se confond avec la société elle-même.

    S'appuyant sur Freud, Benjamin, Schmitt, Sennett, Girard, Agamben, Deleuze, Foucault, Bourdieu ou encore Heidegger, Han étudie les formes classiques de la violence issues de la négativité - la violence archaïque du sacrifice et du sang, la violence virale du terrorisme, la violence verbale des paroles blessantes - avant d'analyser la violence nouvelle, issue de la positivité, et qui se manifeste par le sur-accomplissement, la sur-production, l'hyper-communication, ou l'hyper-activité - et qui n'est pas moins dangereuse pour l'individu qui souhaite être libre.

  • A l'été 1968, Pier Paolo Pasolini inaugure une rubrique dans l'hebdomadaire «Tempo» qu'il intitule Le Chaos: c'est l'année des contestations, des manifestations étudiantes, de la lutte pour les droits civils. Dans un pays qui est en train de changer rapidement, Pasolini intervient de manière fortement polémique sur les thèmes dominants du jour, et qui sont prétextes à des réflexions - réunies ici pour la première fois avec une préface d'Olivier Rey - fondamentales et novatrices : la condamnation de la télévision, la question émergente de la jeunesse, les positions de l'Eglise, les accusations du capitalisme. Il profite également de cet espace de liberté pour livrer à l'inspiration de magnifiques pages poétiques et littéraires, sur le cinéma, l'écriture, sa propre vie ; il polémique par lettres avec avec Moravia, dialogue avec des lecteurs ; il écrit à Viscond, sur Ungaretti, sur le festival de Venise, rédige des poèmes inédits sur New York, se laisse porter par le charme de Lyon ; il mentionne de jeunes intellectuels comme Régis Debray et Daniel Cohn-Bendit avec ironie et tendresse. Un grand livre, à la profondeur, à l'ampleur, à la beauté et au charme infinis.

  • Le texte fondateur de l'écologie allemande et au-delà européenne enfin disponible en français. Bref mais incisif, plus que jamais d'actualité, l'écrit du brillant philosophe Ludwig Klages avait paru en 1913 et fut redécouvert par les Verts allemands dans les années 1980. Implacable vis à vis du concept de progrès (« le progrès n'est rien moins que la destruction de la vie »), il prophétise les destructions des paysages, la pollution environnementale ou encore l'exploitation des ressources naturelles, dénonce les disparitions d'espèces animales, la nuisance du tourisme et la soif de puissance de l'homme dans un texte bouillonnant de vie. L'un des tout premiers manifestes du genre, ce texte qui s'abreuve aux sources de l'érudition rigoureuse comme à celles du romantisme allemand est une lecture obligatoire d'aujourd'hui pour penser l'écologie.

  • « Sur cette planète que le progrès des transports et communications uniformise et comprime, religions et moeurs survivantes continuent de nous opposer, mais tous nous rêvons d'une liberté que nous concevons en termes différents. La liberté... ; en dehors d'elle bientôt il n'y aura plus que des chiffres. Mais est-ce un rêve ou un mensonge ? ».

    Ouvrage inédit de Bernard Charbonneau, qui pourtant l'affectionnait beaucoup, cet ouvrage est l'un des essais du penseur existentiel pour extraire des oeuvres de quatre de ses maîtres des réflexions vitales sur le concept de liberté, qui chez lui a toujours été central. Il fait suite à son oeuvre philosophique majeure, Je Fus, pour offrir à son lecteur une méditation de tout premier ordre mais accessible et concise sur la liberté, pris en tant que concept et recherche incarnés dans un temps, dans un lieu, dans un individu.

    Plus importante encore cependant que la réflexion philosophique est la volonté de tenter de communiquer au lecteur qui lui fait l'amitié de le lire son expérience de la liberté, en se basant sur des figures irréfutables comme Rousseau (à travers le Contrat social), Montaigne (à travers les Essais), Berdiaev (à travers De l'esclavage et de la liberté de l'homme) et Dostoïevski (à travers la parabole du Grand Inquisiteur), utilisés comme autant de perspectives différentes et de témoins édifiants. Profonde méditation aux idées claires, originales et « vécues », ce petit livre ravira tous ceux pour qui la liberté n'est pas confondue avec la licence contemporaine mais entendue au sens grec du terme.

  • L'homme et la technique

    Oswald Spengler

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    • 12 Octobre 2016

    Paru en 1931, juste avant la mort de Spengler, ce petit livre était probablement une première approche à un livre d'envergure beaucoup plus grande que ne nous ne connaîtrons jamais. Anticipant de manière prémonitoire tout ce que l'Occident (que Spengler appelle « culture Faustienne ») devait connaître de crises au cours du XXe siècle (contestations contre le mode de vie consumériste et productiviste, décolonisation, vide spirituel et sentiment d'enfermement dans la vie moderne, crises écologiques), Spengler, avec son style parfois polémique mais toujours vivifiant, propose une réflexion sur la technique en tant que consubstantielle à l'homme, « grand carnassier ». Convoquant archéologie, histoire des civilisations et surtout son intuition phénoménale, Spengler, non idéologue, non politique, non dogmatique mais fin analyste pétri de stoïcisme, propose un texte à lire, pour ce qu'il garde d'actualité et d'acuité.

  • L'effondrement des puissances

    Leopold Kohr

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    • 27 Novembre 2018

    Leopold Kohr montre que tout au long de l'Histoire les peuples qui ont vécu dans de petits États sont plus heureux, plus pacifiques, plus libres, plus créatifs et plus prospères. Il soutient dans une analyse brillante et passionnante que ce qui est trop gros ou trop grand finit toujours par s'effondrer et que seule la juste mesure et le retour à l'échelle humaine permettraient à l'humanité de se sauver de l'abîme.
    Publié pour la première fois en 1957 aux États-Unis par un écrivain autrichien qui s'était exilé pendant la guerre, L'Effondrement des puissances, avec ses visions prophétiques, ses idées originales, ses saillies provocatrices, son analyse sceptique, lucide et ironique de la nature humaine dans la lignée de Schopenhauer, est plus que jamais d'actualité en ce début de XXIe siècle, de période de globalisation et d'hubris démesuré. Il est la porte d'entrée exaltante d'une réflexion subversive.

  • L'agonie du christianisme

    Miguel de Unamuno

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    • 3 Juillet 2016

    Ce livre percutant a été écrit par Unamuno lors de son exil parisien douze ans après Du Sentiment Tragique de la Vie (1913). Il rappelle qu'Unamuno est avant tout un grand auteur européen, s'inscrivant dans la lignée de Pascal ou encore de Kierkegaard. Exilé aux Canaries par Primo de Rivera après avoir remis en cause le roi d'Espagne, Unamuno part pour la France où, dans la souffrance et la solitude, il rédige ce court essai qui prend pour objet la foi, entendu comme effort personnel et véritable et non comme pratique sociale. Rappelant avec finesse, érudition et force que, sans cet effort, sans ce combat et cette lutte permanents pour conquérir et reconquérir la foi et la vérité du christianisme, toute vie religieuse et spirituelle est vouée à la mort et à la disparition, il propose une inclination vers un ascétisme sans cesse renouvelé qui prend part au monde pour mieux le vivre. Posant comme problématique l'institutionnalisation des religions et la nécessité angoissante de la liberté pour qui veut maintenir la vie de l'esprit vivante et incarnée, Unamuno rappelle la nécessité de l'engagement personnel et la responsabilité que tout individu, qui désire être, porte envers lui-même.

  • Asklépios, le dernier Grec

    Miguel Espinosa

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    • 15 Décembre 2016

    Récit lyrique et philosophique d'une grande profondeur et d'une grande beauté, dans le sillage de l'Hyperion d'Hölderlin, Asklépios est une excellente porte d'entrée dans l'oeuvre de Miguel Espinosa. Il y met en scène un être dont le destin est celui d'un Grec classique né par erreur dans le monde moderne. Tout entier tourné vers le Vrai, le Bon et le Bien, Asklépios traverse l'existence, de la naissance à la mort, de la découverte de l'amour à la découverte de soi, dans un style dense mais limpide, d'une solaire mélancolie. Miguel Espinosa mit beaucoup de lui-même dans ce texte qui n'est ni une confession, ni un jeu littéraire, ni une fuite idéaliste hors du temps - mais une recherche assoiffée de soi-même, vertigineuse et vraie. En quelques lignes, il nous arrache au temps pour nous plonger dans l'intemporel, et enfin nous le restitue dans une forme plus pure ; comme toutes les grandes oeuvres.

  • « Pour sûr ! Le père Homère, le barde grec à la blanche barbe, n'eût pas chanté le noble Ulysse, non, mais le noble chevalier Schenapahnski, si le hasard n'avait voulu qu'il vécût à une époque où il n'y avait ni piano ni cigares de Manille, où l'on ne pensait pas plus à Berlin qu'à Don Carlos. Homère est mort. Moi, je suis vivant. Et c'est ce dernier point qui me réjouit le plus. Ce que Homère ne put faire, je le fais. Homère chanta Ulysse - je rends gloire au chevalier Schenapahnski ».

    Ainsi commence le premier roman feuilleton allemand, paru dans la gazette de Marx & Engels. Il a pour héros un chevalier à la moralité douteuse que nous suivrons dans ses aventures galantes et sa soif de renommée ; nous le verrons tomber dans les abysses de l'indigence morale et pécuniaire : en cours de route, il s'entichera de la comtesse de S. ; affrontera au sabre le comte de G. ; s'endettera dans une affaire de diamants pour les yeux d'une belle ; partira en Espagne pour s'engager comme reître dans les rangs de don Carlos, avant de faire la cour à une richissime et chauve duchesse qui, avec la clé de son coeur, lui livrera celle de sa fortune et des honneurs au parlement de Francfort.

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